À l’Esplanade

Mère Grant et Petites Filles

Toutes : Bonjour grand-mère, comment allez-vous Grand-mère ?

Grand-mère : (interrompant) Oui, je connais la ritournelle de chaque année ; Paix, mé Piates ! Venons-en de suite à la question intéressante.

Jeanne-Marie : Oui, sur quoi allons-nous nous intéresser cette année !

Toutes : L’an dernier, oui, je me rappelle nous avons parlé…

Suzanne : Des vieilles Portes de notre antique Cité.

Thérèse-Renée : Des batailles de gamins, des anciennes coutumes de nos Paroisses, des couaroïls enfin.

Marie-Luce : Vous oubliez quelque chose de si intéressant.

Toutes : Eh ! Quoi donc Grand-mère ?

Grand-mère : Oh ! Comme ma petite Luce et moi, nous nous entendons bien ! oui, mes chères petites, vous avez oublié un sujet bien intéressant et que nous allons compléter cette année.

Toutes :  Et quoi donc ?

Grand-mère : Aujourd’hui, je veux encore vous parler de la Bonne Fontaine.

Toutes : De la Bonne Fontaine, où cette année, en souvenir de vous nous sommes allées si gaiement.

Grand-mère : Oui, de la Bonne Fontaine, mais quelle sera le prélude d’un sujet plus passionnant encore et dont vous ferez les honneurs ; les Trimazos.

Toutes : Les Trimazos. ! Oui, nous les dirons, nous les chanterons, nous les danserons.

Grand-mère : Oui, mais écoutez d’abord la relation qui existe entre votre promenade favorite et les Trimazos.

Toutes :  De toutes nos oreilles !

Grand-mère : Donc, chères petites, vous savez que dans le vieux temps à Metz, les habitants quittaient la Cité au point du jour pour « faire les fontaines »

Toutes : (étonnées) Pour « Faire les fontaines » ?

Grand-mère :  En terme plus clair, pour faire honneur aux fontaines que l’on paraît de petits arbres ou de branches de feuillage que l’on coupait la veille dans le bois voisin. Donc « pour faire les fontaines » comme je vous l’ai dit, on s’appelait à coups de trompe, avec des cris et c’était alors à qui arriverait le premier et les paresseux étaient tirés de leurs lits, les retardataires étaient salués du nom de « chandeules ».

Toutes : (riant) Oh ! Chandeules ! Chandeules !

Grand-mère : Plus tard, les « processions » à la Bonne Fontaine en raison des troubles et des plaintes qu’occasionnait tout ce charivari aux paisibles habitants de Metz, furent supprimées. Mais de ces détails, nous relevons les faits suivants. La « procession » à la Bonne Fontaine se rattachait au culte antique des fontaines, et le 1er jour de mai, des jeunes filles, habillées en Trimazo, c’est-à-dire vêtues de blanc, parées de rubans et de fleurs, y chantaient des rondes appelées aussi Trimazo que le peuple exécutait aux abords de la fontaine et dans la prairie voisine.

Toutes : Ah ! Ah ! Ah !

Marcia : Quoi ! les temps antiques avaient aussi leur danse ?

Grand-mère :  Hé, nous y voilà. Notre gracieuse danse de mai, n’a pas échappé à la contagion de retrouver dans nos usages des cérémonies de nos ancêtres païens. Un auteur la rapporte au culte des trois Déesses Mères, honorées autrefois chez nous ; un autre prétend que Trimazo signifie, en langage celtique, trois jeunes filles.

Marcia :  Oui, mais comme nos connaissances en langage celtique ne vont pas jusque-là…

Marie-Luce : Est-il permis d’en douter ?

Grand-mère : Constatons seulement que le retour de la belle saison influe heureusement chez l’homme et le porte à la joie. On le voit un peu partout, les hommes veulent se réjouir au retour du printemps et ils aiment voir les êtres frêles et gracieux au printemps de leur âge, chanter le printemps de la nature.

Jeanne-Marie : Quel joli compliment, vous nous faites, Grand-mère

Thérèse-Renée : Mais voilà, nous connaissons, ou à peu près, l’étymologie du mot Trimazo et serions heureuses par vous d’en entendre décrire tout le frais tableau.

Grand-mère :  Je vous comprends, chères petites, car qui sait encore aujourd’hui, en dehors de nos compagnes messines ce que sont les Trimazos.

Toutes :  Les Trimazos !

Grand-mère : C’est donc un usage qui remonte à un temps immémorial et qui n’est pas absolument spécial à notre pays messin ; mais voilà en quoi il consiste chez nous, le premier dimanche de mai.

Suzanne : Dans ce cadre merveilleux du mois de mai, que tout à l’heure nous avons essayé de décrire…

Grand-mère : Tout juste ! On voit apparaître dans certains villages, après la messe paroissiale ce qu’il y a de plus charmant, de plus innocent, un groupe de fillettes au printemps de l’âge, elles escortent deux de leurs compagnes « vêtues de blanc, parées de rubans et de fleurs ». L’une tient à la main un bouquet, l’autre une bourse enrubannée.Ces deux Trimazos entrent dans chaque habitation « pendant que le cortège chante une complainte ou un cantique à la Sainte Vierge ; après un ou plusieurs couplets, la maîtresse de maison leur donne une petite pièce d’argent, ensuite le chœur ré-entonne le couplet de remerciement et les Trimazos recommencent leur gracieux chassé-croisé.

Marie-Louise : Il me semble les voir, Grand-mère

Grand-mère :  Enfin, chères petites, ce qui est remarquable dans cette coutume, c’est que chaque village a son Trimazo spécial, différend par les paroles et par l’air sur lequel il se chante.

Agnès : Donc celui de Chazelles, dans le bon vieux temps était différent de celui de Rozérieules.

Jeanne-Marie : Et de Pié de Velle (elles rient)

Grand-mère : Et encore une remarque ; oui, les Trimazos sont des quêtes gracieuses, mais aussi des quêtes religieuses et si parfois les paroles sont profanes, le leitmotiv y reparaît toujours.

Jeanne-Marie : Oui, nous le connaissons.

Toutes : Ce n’est pas pour nous que nous quêtons, c’est pour la Vierge et son Enfant qui vous récompensera en Paradis.

Marcia : Nous savons, car dans tout le pays, le produit de la quête est versé au Curé de la Paroisse, pour l’embellissement de l’autel de la Vierge Marie.

Grand-mère : Très bien. Certains villages ont aussi adopté pour l’air de leur Trimazo, le chant de « l’O filii et filiae », si populaire à Pâques ; nous allons le retrouver cet air célèbre, car il est grand temps que je me taise pour vous laisser la parole. Allons, en avant !Et chantez-nous quelqu’un de ces Trimazos qui vont si bien me rappeler mon jeune temps. D’abord celui de Lehon, dont la première phrase nous rappelle si bien les triomphantes processions pascales, puis ceux de Mécleuves, Plappeville, Thionville, etc.

(Les enfants se mettent en rang, chantent et dansent)

 

M. C. Michel
D’après « l’Austrasie »