Rodemack

Un peu d'histoire à propos du général SIMMER

De la hauteur de BRAISTROFFBraistroff : Breistroff la Grande, près de Cattenom, j'aperçois RODEMACK ; la cité « guerrière », dont le blason historique, encadré de lions, porte la date de 1019. La forteresse, unique en son genre, appuie ses formidables défenses d'une hauteur impressionnante à un flanc de coteau, verdi par la source, dont la petite ville tire son nom. Le frais matin enveloppe d'une brume légère l'ensemble gigantesque, voilant la vieille cité historique, endormie à ses pieds. Et tout à coup, le coq lance son premier appel, tandis que Phœbus, d'un trait d'or, embrase le décor vénérable, d'un merveilleux feu d'artifice, plus resplendissant que ne sera jamais celui du soir. Car nous sommes à l'orée d'un jour de fête et RODEMACK aujourd'hui, ne lance plus son javelot de fer, mais la colombe de la paix, en ces heures de liesse, vole sur ses meurtrières datées : RODEMACK fête le centenaire de son illustre enfant, le général SIMMER, baron d'Empire, favori du grand Empereur. Et pendant que la cité somnolente et encore lasse s'éveille lentement, je rêve à l'enfant de quatorze ans, benjamin de huit frères et soeurs, le jeune Valentin SIMMER.

En un matin semblable, il sort de sa maison, ornée comme aujourd'hui d'une statue de saint Nicolas, patron de la paroisse. Le soc de charrue sur l'épaule, il franchit la porte de Thionville, salue la vieille chapelle bâtie au 17e siècle à la suite d'un voeu fait par un militaire du fort, échappé à un danger, et là, nous dit la tradition, une flamme résolue dans les yeux, abandonne une seconde fois son instrument de travail, puis d'un pas alerte, par la rampe crénelée qui débouche presque en face de sa maison, il aboutit au fort. Nous sommes en 1771 ; à cette époque, 250 hommes le défendent contre l'armée étrangère, commandée par BRUNVOID.

Parmi ces braves figuraient le futur général BRUNE et le futur duc d'ARBREUTESDuc d’Abrantès, maréchal Junot ? Il est tout naturel qu'à ce contact, le jeune Valentin puise son ardent patriotisme et sa mentalité belliqueuse. Quoi qu'il en soit, le soir même de ce jour, il était à THIONVILLE où il s'engageait ; et l'année suivante, il passait lieutenant. Tels furent les débuts de sa merveilleuse carrière.

Et aujourd'hui, le 3 août 1947, je descends la rampe portant le nom de cet illustre enfant, je laisse à gauche les rues du Fort, du Four banal, j'aborde la place du Bailli à droite de laquelle s'allonge la masse importante du château, ancienne résidence des ducs de Bade. La petite ville à présent est complètement éveillée, les cloches sonnent à toute volée, des bannières claquent au vent, des guirlandes festonnent les maisons et de pimpantes jeunes Lorraines égaient les vieilles rues.

Sur cette même place, rendant hommage au soldat, une batterie du 25 R.A. défile dans un ordre impeccable, et, face à l'antique forteresse, brandit bien haut les jeunes couleurs de son étendard et de son fanion, pendant que le clairon sonne la charge, et il me semble apercevoir là-haut, les anciens seigneurs, faisant de leur poste militaire, une place inexpugnable, jusqu'à tenir tête au roi de France (1347)

La fête militaire est terminée. J'échappe aux réjouissances qui suivent. franchissant la porte de SIERCK, dite porte de la franchise, sous laquelle Henri II passa en 1551, et à coup sûr, en 1793, beaucoup d'émigrés dont le comte d'ARTOIS ; j'arrive au cimetière, voulant à tout prix y trouver les vestiges de la famille du général. Hélas ! Je découvre bien des SCHAUCH, des SCHUACKS, mais aucun SCHILTZ, branche maternelle du valeureux soldat.

Et cependant qu'avec persévérance, je gratte encore une inscription envahie par la mousse, un léger bruit de pas m'arrache de mon travail. Un personnage inattendu se dresse devant moi. Est-ce l'ombre du grand ancêtre qui vient, comme dans la légende, répondre à l'ardeur de mon appel ? Non ! Le nouvel arrivé est bien vivant ; mais c'est le portrait en civil du général SIMMER lui-même, je connais bien la photographie ; même taille, même allure, digne et majestueuse, même visage fier, éclairé par des yeux vifs et aigus, enfoncés sous une arcade sourcilière profonde, lèvres un peu fortes, ambrées par une courte moustache, mais surtout, oh ! surtout, soulignés par le petit bouc caractéristique et légendaire. Je me relève satisfaite et, avec un sourire, je tends la main à ce descendant du valeureux ancêtre.
Non, la race du général SIMMER n'est pas morte.

Anne-Marie Célestine MICHEL

9 Août 1947