- I -
Metz, 1852 — 1866
L’enfant


Mon Grand-Père, Nicolas Simmer (18.. – 18..Note de Gérard KESTER : 21/01/1827 - 12/01/1904) était originaire d’un vieux burg aux murs dorés par les vieux ans : Rodemack. Il y comptait de lointains ascendants. Un de ses cousins, Martin Simmer, Maire de Rodemack en 1792, eut comme fils le valeureux Général Simmer, créée Baron d’Empire par Napoléon Ier. Les batailles à son actif ne se comptent pas.
Ma Grand-Mère Anne-Marie Lemoine (18.. – 18..Note de Gérard KESTER : 7/11/1823 - 29/02/1892) originaire de Raville d’une très ancienne famille lorraine de cultivateurs, réputée dans le pays pour son amour du travail, son intelligence et son esprit de foi. Une lointaine aïeule aurait été anoblie sous Louis XIV.
Mon Grand-Père vint très jeune à Metz pour étudier le commerce et s’établit à son compte en 1850, rue du Faisan. Il épousa peu de temps après ma Grand-Mère. De ce mariage naquit une unique enfant : ma Mère. Elle vint au monde, rue du Faisan le 15 février 1852 et fut baptisée un jour après sa naissance en l’Église Notre Dame de Metz, comme le témoigne l’acte de Baptême ci-dessous :

Église Notre Dame
L’an mil huit cent cinquante-deux, le seize février a été baptisée
Anne Célestine Simmer,
fille de Nicolas Simmer, rue du Faisan et de Anne-Marie Lemoine, son épouse. Le Parrain a été Jean Simmer, aïeul paternel et la Marraine Anne Lemoine, aïeule maternelle, lesquels ont signé avec nous
Jacquin, Vicaire

Ma Mère, petite et frêle fut l’objet de soins paternels. Ce n’est que vers l’âge de cinq, six ans qu’elle se développa et devint peu à peu une vigoureuse fillette. C’est alors que mes grands-parents quittèrent la rue du Faisan pour s’établir rue Serpenoise. Ma Mère fut mise à l’Externat Sainte Chrétienne, rue de l’Évêché. Douce et timide, elle y était aimée de toutes ses compagnes et des vénérées religieuses, ses maîtresses. À 12 ans, elle fit très pieusement sa Première Communion en l’Église Notre Dame, et dans une de ses lettres de Kirn, rappelle avec émotion, ce beau jour. Le repas se fit rue Serpenoise et au dessert « figuraient de belles oranges sur de la mousse verte. »

Ses études à l’Externat me paraissent être ni complètes ni très approfondies, mais elle cultive avec les arts d’agrément, le dessin, la musique et surtout le chant. Elle remporte, à la fin de l’année des prix et des accessits, comme le témoigne les feuilles trouvées dans ses livres de prix et signées : Mère Sainte Irène, Supérieure ; 26 août 1863. Prix de lecture, de travail manuel, etc. 2e division, 2e classe.

De cette époque, date son amitié pour une vénérable demoiselle : Mademoiselle Bastien, très connue dans la cité messine et qui l’initia à mille petits travaux manuels féminins. Une grande récompense était aussi la visite à la concierge de l’Évêché, réputée par sa science dans la confection des jolies crèches. Ma Grand-Mère fit cadeau de l’une d’elles à sa chère petite fille et rien de plus ravissant que cette création ; l’Enfant Dieu sur les genoux de sa Mère, entouré de mille petites curiosités plus vivantes et intéressantes les unes que les autres. « Cette crèche a charmé mon enfance, je la garde avec vénération. »

Une des grandes attractions de l’époque était les petits rendez-vous féminins sur notre belle esplanade, réputée dans le monde entier par son caractère unique. À l’ombre des bosquets et des vénérables tilleuls, les enfants, sous la garde tutélaire des mamans, puisaient un air plus salubre qu’en ville et s’en donnaient à cœur joie à mille jeux de leur invention. Ma Mère en profita comme toutes ses petites compagnes et j’aime à me la représenter, dans sa fraîche toilette, voltigeant avec son cerceau ou luttant de vitesse avec ses petites amies.

Ma Mère reçut le sacrement de Confirmation en 1864, en l’Église Cathédrale de Metz, des mains du Grand Évêque Mgr Paul Georges Marie Dupont des Loges (1843 – 1886)

Mais le temps passe, nous sommes en 1866. Ma Mère avait alors quatorze ans. Mes grands-parents probablement surchargés de travaux et voulant compléter l’éducation de leur fille, la confièrent à une brave famille d’eux connue, Rheinländer, et très estimée à KirnNote de Gérard KESTER : en Allemagne, près de Kreuznach, pays charmant et salubre où ma mère prit des forces nouvelles lui permettant d’accepter avec courage cet éloignement qu’elle devait subir avec une grande tristesse. Elle y apprit l’allemand, l’anglais et les arts d’agrément : musique, dessin, chant et le travail manuel, choses très prisées à l’époque. Toutes ses lettres de Kirn ont été conservées et j’y puise de précieux détails de cette époque de la vie de ma bien-aimée Mère qui, hélas, fut si courte.

Avant d’entamer le IIe chapitre, je retrouve avec émotion la toute première lettre de ma Mère adressée à ses bien chers parents et où l’on étudie le style, quelque peu dicté par les bonnes religieuses de Sainte Chrétienne.

« Chers et bons Parents, vous dire ce qu’il y a de beau et de bon dans mon cœur, je me trouve fort en peine. Je demande pour vous au Bon Dieu tout ce que je connais de meilleur, surtout qu’il vous laisse bien longtemps à mon amour, car jamais je ne vous aurai dit assez combien je vous aime et jamais je ne pourrai reconnaître toutes vos bontés, mais cette impuissance est encore pour moi un bonheur, car alors toujours, je garderai ma reconnaissance et toujours j’aurai un nouveau plaisir à me dire, chers et bons Parents, votre toute soumise et aimante enfant.

C. Simmer.