— Trois règnes –

Louis XIV (1643-1715) régna par lui-même et par un effort exceptionnel de volonté et de travail se soutint pendant 54 ans sur le trône.

Les nombreuses guerres, qui si souvent appauvrirent la France et les pays limitrophes, n’en furent pas moins une gloire pour elle. Nous n’en voulons citer qu’une seule intéressant Metz particulièrement où Villars, le Grand Maréchal, Gouverneur de Metz, joua un rôle de premier ordre pour la défense de la Ville, à trois reprises différentes. Le point de mire de tous, Villars se posta entre la Moselle, la Sarre et la Nied, d’où par cette position incomparable il réussit à faire renoncer le Duc de Marlborough à son attaque, malgré sa belle position sur Trèves et ses 60 000 hommes (*Les ruines du Château de Marlborough existent encore à quelques kilomètres de Sierck). Ce fut la fin de nos démêlés avec l’Allemagne et la paix fut signée en 1713"De ce fait d’armes nous gardons la fameuse chanson « Marlborough s’en va-t en guerre »..

Cette époque fut également traversée par la Révocation de l’Édit de Nantes, 1685, la Guerre de Trente Ans, qui laisse à Metz le souvenir des Croates brûlant « la ville de Chazelles sur le mont Saint-Quentin » en 1635, le jour de la fête de Sainte Lucie, et bien d’autres guerres qui nous valurent les remparts construits par Vauban (1633-1707). De ces bouleversements, nos maisons fortifiées devenues sans objet se transformèrent peu à peu en simples maisons d’habitations perdant ainsi une partie de leur caractère semi-défensif.

Louis XIV vient à Metz avec son précepteur BossuetOn voit au n° ? de la rue Taison l’escalier en bois sculpté que Bossuet monta en 1657 pour y donner un sermon à l’œuvre de la propagation de la foi, qui à 14 ans (1641) devint chanoine de la Cathédrale, et Anne d’Autriche, sa mère, semble avoir porté une affection particulière aux Sœurs du Monastère de la Visitation, installé depuis peu, rue Mazelle à Metz, comme en témoigne une lettreConservée aux archives départementales de la Moselle d’Anne d’Autriche du 10 janvier 1683, s’intéressant à leur vocation.

C’est de Metz que Louis XIV préparera le rattachement de la Lorraine obtenue par son successeur Louis XV et fera trembler les cours d’Europe par les arrêts de la Chambre de Réunion du Parlement messin.

À la mort de Stanislas de Leczinski, la Lorraine devenant française, Metz en fut la capitale.
Son attachement à la France lui valut la visite de Louis XV en 1744. Des transports de joie l’accueillirent, la ville était en fête, les maisons pavoisées ; on acclamait le souverain aux mille fois répétés de « Vive le roi ! ». À la sortie d’un banquet grandiose donné en son honneur Louis XV tomba brusquement malade. Metz en fut consternée ; les prières, les processions, les neuvaines, le peuple en larmes prouvèrent que le roi méritait bien son nom de Louis le Bien Aimé. Quand tout danger fut écarté, ce fut un délire. La jeune reine Marie Leczinska rendit visite à son royal époux qui occupait le 1er étage de l’Hôtel du Gouvernement (emplacement du palais de Justice). On dit qu’elle visita les nombreuses églises se serrant autour de notre butte pour remercier le Ciel de la guérison de son royal époux.

Metz s’embellit, devint une ville heureuse et riche. Une main bienfaisante en la personne de Monseigneur Coislin, évêque de Metz (1726) pansa les anciennes blessures et contribua avec les Messins à relever la Ville. Il fit construire des casernes pour les militaires, releva le monastère de la Visitation (rue Mazelle) qui tombait en ruines, fit construire un lieu de refuge pour filles repenties rue Saint-Marcel.

D’ailleurs Metz donna à la France bien de ses fils illustres. N’oublions pas sous Louis XIV, le grand Fabert (1599-1662) Maréchal de France qui contribua à édifier (une bonne partie à ses frais) les fortifications de la ville. Sa statue est érigée Place d’Armes et nous y trouvons gravé une de ses propres phrases restée célèbre : « Si pour empêcher qu’une place que le Roi m’a confiée ne tombât au pouvoir de l’ennemi il fallait mettre à la brèche ma personne, ma famille et mon bien, je ne balancerais pas un moment à le faire. »

Le Maréchal Belle-Isle, petit fils de Fouquet, fut Gouverneur de Metz de 1733 à 1753 puis de 1758 à 1761. Belle-Isle a droit à l’estime des Messins. Il aéra la ville encore toute médiévale avec ses rues tortueuses et sombres lui donnant sa forme nouvelle et que les deux siècles suivants respectèrent et complétèrent. Il sut donner à Metz, ville guerrière, le style qui lui convenait. La Place d’Armes fut son principal objectif et devint une place de premier plan embellie par ses monuments grandioses. Louis XVI encouragea ses travaux et nous lisons dans « Les maisons historiques » de Jean-Julien Barbé (page 34) :

« Au Maréchal de Belle-Isle,
Les habitants de Metz en reconnaissance de leur ville assainie, embellie, agrandie ».

Telle est l’inscription tracée de la main même de Louis XVI, le 27 mai 1788 qui devait figurer sur le piédestal d’une statue qu’il s’agissait d’ériger sur une place de Metz. La Révolution en empêcha la réalisation. La femme de Belle-Isle se signala également par sa grande charité et son dévouement aux Messins.

Avant les jours sombres se profilant à l’horizon, revenons à notre Butte quelque peu abandonnée. Mentionnons les souvenirs précieux subsistant encore de nos jours. La Sainte Colline ornée de ses maisons patriciennes était entourée de monastères lui faisant une couronne de piété et de beauté classique. Nous ne citons que les plus en vue :
Le Monastère des Petits Carmes, bâti tout entier sur l’emplacement de la Cour d’Or, l’ancien Palais impérial (1680-1685).

À côté une maison appartenant aux Jésuites. Un serpent est sculpté sur le haut de la porte. Donnée par ceux-ci aux Petits Carmes, elle fut consacrée en partie à la construction de l’Église du monastère (1680-1685). Nous admirons encore aujourd’hui « l’équilibre de sa nef », sa belle rosace toute miroitante sous les feux du soir.

À l’angle de la rue des Trinitaires, toujours si calme, l’église du couvent des Trinitaires (1566) possédait deux travées éclairées par des rosaces remarquables. Les religieux reçurent en cadeau en 1561 du Cardinal Charles de Lorraine l’Hôtel appartenant à l’abbaye de Gorze sis près de Sainte-Croix également sur l’emplacement de la Cour d’Or et c’est là d’ailleurs que fut construit le Monastère.

Un peu plus bas, le Carmel, avec ses sous-sols moyenâgeux ;
Plus bas, Sainte Ségolène, chœur du XIIIe siècle, vitraux magnifiques de cette époque, doit son nom à une sympathique patronne, Sainte Ségolène, sœur de Sigeballa, évêque de Metz de 708 à 741. Elle était la première abbesse du monastère de Troclar en Albigeois et c’est en 912 que l’on constate l’existence d’une église portant son nom. Sainte Ségolène était le lieu d’une réunion des Paraiges de Porte-Moselle.

À l’angle de la rue descendante (rue Marchant) les restes de l’église des Grands Carmes (1370-1415) chef-d'œuvre de l’architecture du Moyen-âge attribué à Pierre Perrat.

En remontant notre Sainte Colline, l’Hôtel Saint Livier. Les Récollets, successeurs des Franciscains avec leur magnifique cloître existant encore à l’ombre de l’Hôpital de la Chapelotte entre la rue des Murs et la rue Taison dirigé par les Hospitaliers de Malte du XVIe siècle.

Pour terminer, la petite chapelle Saint Genest annexe de la Paroisse Sainte Croix ; tous ces pieux souvenirs, témoignages de la foi de nos ancêtres s’étageant sur la Colline en bordant nos maisons de défenses et à l’abri de notre église paroissiale de Sainte-Croix. Celle-ci se trouvait entre les rues Taisons et Jurue. L’entrée donnait sur la rue Taison. C’était l’église la plus ancienne après Saint-Étienne et appelée basilique dans « La vie de Saint Arnould ». Son premier Curé s’appelait « Dodo de Sancta Cruce »

La Place Sainte-Croix était entourée comme d’autres villes romaines de colonnes ornées de statues et l’on dit que Saint Clément s’accouda à l’une d’elles pour lancer son étole au Graouilly. Sur une de ces colonnes figurait la statue de Jupiter, Roi des Dieux.

Mais le ciel de notre pays s’obscurcissait et dans le lointain la Révolution gronde. Metz n’eut pas de prise de Bastille à déplorer ; paisible elle se soumit à ses premières décisions et envoya ses députés du Tiers-État et pour le clergé, l’Abbé Thiebaut, Curé de Sainte-Croix. C’est à cette assemblée qu’on entendit les paroles fameuses d’un Messin, un certain Anthoine dont on ignore le nom complet : « La Ville de Metz, jadis République a connu la Liberté et le mot République avant vous ! »

Sous le coup des nouvelles lois votées par la Constituante en 1789, nos religieux et religieuses refusant de prêter serment à la Constitution quittaient leurs pieux abris. Combien y en eut-il qui, passant Haut de Sainte-Croix (devenu Place de la Montagne) se dirigèrent vers une destination inconnue. L’une d’elles, carmélite, fut enfermée, faisant de sa cellule une pieuse retraite, mise en liberté le 27 juin, elle retourna chez les Sœurs et mourut saintement le 21 juillet 1793.

Il semble pourtant que le clergé séculier se soit rallié en grand nombre à l’évêque constitutionnel Francin.