— Résurection –

Nous sommes au 1er mai 1473 la foule grouillante, trépidante et rieuse s’amasse devant la CathédraleConstruite entre 1400 et 1415 par Pierre Perrat, rue Marchand et Paixhans et en ce jour du 1er mai bariolé de toutes ses couleurs par un soleil radieux, elle attend la procession. Celle-ci s’avance majestueusement solennelle, les bannières claquent à la légère brise. Deux religieux Trinitaires dont on voit le couvent à quelques mètres, rue de Vaugué (rue des Clercs), portent deux énormes cierges qui vont être allumés à l’intérieur de Notre-Dame La Ronde en signe de reconnaissance.

Les chevaliers de Malte dans leur costume éclatant, les Grands CarmesLa cathédrale Saint-Étienne bâtie sur l’emplacement de l’oratoire Saint-Étienne et adjointe à l’église de Notre-Dame de la Ronde mérite son nom de Cathédrale étant donné son union avec la capitale d’un royaume et bâtie comme telle par l’illustre architecte Pierre Perrat, mort en 1400, puis les chevaliers de Temple suivent.

Une seconde procession, aussi solennelle, venant de l’Église Sainte-Croix et descendant par la rue du Four du Cloître, s’avance, Croix en tête. Elle doit être portée et plantée suivant l’usage au mont Saint-Quentin. Les paroissiens suivent agitant des palmes bénites (cet usage remonte à la fondation de cette église).

La foule déborde des saillies et chante à plein cœur le « Te Deum », puis fidèle à sa devise « Paix dehors, joie et paix dedans » se livre sur place à des exubérances. Elle chante, s’égaille, organise des danses, pendant que les échoppes regorgent d’amateurs du bon petit vin de Scy. Des rôtisseries s’élève le fumet des poulets bien dodus. Les pigeons disputent gâteaux, friandises aux enfants pendant que se vendent les fraises parfumées et les prunes sèches odorantes.

En face sur le balcon de l’Hôtel (notre Hôtel de Ville) un Treize à l’œil froid et inquisiteur semble attendre quelqu’un. Tout à coup, Harelle est devant lui, il lui serre vigoureusement la main, le félicite et lui donne l’accolade, de la foule montent des effluves de muguet parfumé.

Harelle disparaît, monte seul la rue du Haut Poirier et admire en passant la splendide rosace de l’église des Grands Carmes qu’illumine le soleil couchant. Sur la place il sourit distraitement aux soubrettes fermant soigneusement le contre-vent des jolies maisons patriciennes.

Puis, c’est la rue du Haut de Sainte-Croix, la rue Taison avec son église Sainte-Croix, ses pavés craquelant encore sous les palmes vertes et sa sombre profondeur qu’illuminent les cierges du sanctuaire ; Harelle se signe, puis en quelques brassées aborde l’angle de la Tête d’Or, où déjà s’aligne le rellayeNote de Claudine KESTER : rellaye = relais). L’affluence est particulièrement imposante aujourd’hui. Les voitures messines aux marches-pieds baissés, attelées de chevaux frétillants. L’une d’elles s’apprête au départ et s’ébranle alourdie par son contenu dans un vacarme effrayant de ferrailles, de gémissements de roues, de claquements de fouet et de coups de trompes. De son pas élancé, Harelle la dépasse, puis, sans plus se distraire davantage, il gagne ses corbeilles, pendant que là-bas, Metz la riche, s’enroule dans une atmosphère de nouveaux plaisirs et de joie.