— Les Paraiges et leurs résidences –

La période médiévale fut pour les Messins une époque d’évolution pendant laquelle ils virent l’apparition des Paraiges ou groupement de grandes familles réparties par quartiers de la Ville.

D'abord 5 puis 6 avec le Commun : Paraige Lieu de réunion
  Jurue Église Sainte-Croix
  Porte-Moselle Sainte-Ségolène
  Saint-Marin Saint-Marin
  Porte-Sailly  
  Outre-Seille  
  Le Commun Hôtel de Ville

Leur influence provoqua l’établissement de la République messine et pour mieux gouverner ils installèrent le Conseil des Treize dont le rôle était surtout juridique et local.

Ainsi organisée, la ville s’était bientôt rendu indépendante tant vis-à-vis de l’évêque, qui dut établir dès le XIIe siècle le siège de son temporel à Vic, que vis-à-vis de l’empereur dont la suzeraineté perdait de plus en plus sa signification première.

Chaque Paraige possédait son hôtel particulier qui était également un lieu de refuge en cas d’agression. Le Paraige de Jurue qui lui avait une organisation peut-être plus ancienne, comme le témoigne un de ses membres Bertrand de Jurue, fils d’Odile la Grande de Jurue, créancier du Duc de Lorraine en 1227, avait probablement le 10, rue Haut de Sainte-Croix comme résidence.

Monseigneur Pelt l’affirmait en s’appuyant sur certaines habitations du même genre corollaire, tel l’Hôtel de la BuletteActuellement clinique maternité Sainte-Croix avec créneaux et échauguettes, habité par Lacour, puis Ledoyen, où se trouvaient remisés les fûts de vin très nombreux provenant de ses exploitations, où par l’enregistrement qui employait un sceau nommé Bulette, de là son nom.

Un peu plus loin l’Hôtel de Heu, plus encore que l’Hôtel Saint Livier habité par la puissante famille des de Gournay. Cette famille s’attribuait l’honneur d’être apparentée à Saint LivierNote de Claudine KESTER : napidé par les Huns à Marsal en 451 (décapité pour avoir renoncé à abjurer sa foi). Puis enfin la Tour de Saint-Genest, liée à un Hôtel patricien.

Reste notre Maison Haut de Sainte-Croix et qui surtout nous intéresse. Il est tout naturel que cette maison, dont les vestiges témoignent de l’époque, mieux même que les précédentes, ait joué un rôle prépondérant dans son habitation et la défense de la ville. Elle formait à cette époque, XIIIe siècle, un vaste quadrilatère auquel avait été adjoint depuis le IXe siècle des bâtiments de défense comprenant deux échauguettes, un chemin de ronde et terminant ce carré une tour crénelée dominant le côté nord appelé aujourd’hui « Impasse Cour-aux-Poules ». Le côté était ouvert par plusieurs portes, murées aujourd’hui, et donnant accès probablement à une salle d’armes, dans le genre de celle de la place Sainte-Croix à laquelle on accède par un escalier aux marches monumentalesDevenu cave. La façade, haute de 18 mètres, est ouverte par des fenêtres à linteaux et à ornementations diverses.
L’arcature des fenêtres laisse à supposer qu’on y habitait. En effet, plusieurs grandes salles ornées de plafonds somptueuxNote de Claudine KESTER : découverts en 1868 et 1906 et offerts au Musée par Bernard MICHEL et de portes sculptées dans la masse nous l’indiquent. Tout ceci, qui avait été recouvert probablement à la Révolution, fut remis à jour par mes soins en 1896 et en 1906. Le bâtiment côté ouest présente dans le jardin une façade ornée de fenêtres gothiques du plus gracieux effet et laisse supposer qu’il s’agit à cet endroit d’une ancienne chapelle.

Dans un hôtel aussi bien agencé, nous estimons qu’on pouvait s’y réfugier et s’y défendre. Bertrand de Jurue, très probablement y habitait et devait être l’organisateur des fêtes dont Metz avait coutume. C’est ainsi qu’à l’occasion d’une visite d’une famille strasbourgeoise à l’Hôtel (1250) il y eut de grandes réjouissances, dont un cortège magnifique de parents et d’amis au son des instruments : violes, rebus et timbales, aboutissant à l’Hôtel richement décoré de draperies provenant des artisans groupés autour de l’Église Sainte-Croix.

Metz la riche faisait honneur à ses habitants. Ne disait-on pas « Je gagne de l’argent à Francfort et le dépense à Metz ! » ?

Si notre maison servait de lieu de plaisir et de repli l’Église Sainte-Croix, Paroisse du quartier était utilisée comme lieu de réunion par le Paraige de Jurue.

Vers 1356, Charles IV sur le « Champ à Seille » devant une centaine de princes (dont le dauphin de France) promulgua la Bulle d’Or : ensemble de lois qui fut pendant cinq siècles et demi la Charte de l’Empire germanique. Cette proclamation fut suivie d’un banquet. L’empereur séjourna à Metz une quinzaine de jours avec tous les princes Germains.

À la cathédrale, il assista à Matines la veille de Noël et chanta, parait-il, la 7e leçon"Note de Claudine KESTER : prière basée sur un verset qui se lit en « leçon » et « répond ». La septième leçon a pour texte les mots de l'Évangile : Exiit edictum a Cæsare Augusto.

C’est alors que les bouchers proposèrent à Charles IV une chose monstrueuse : l’assassinat des membres des Paraiges. Indigné l’empereur refusa et fit précipiter les bouchers dans la Moselle du haut du Pont des Morts.