— Hommage à Harelle –

« En 1473 le Duc de Lorraine revient à la charge. Il pense prendre la porte Serpenoise restée ouverte et ses hommes se précipitent aux cris mille fois répétés de “Ville gagnée”. Mais un boulanger, nommé Harelle qui s’était levé de bon matin pour cuire son pain, réussit à faire tomber la herse de la porte empêchant les Lorrains d’entrer. Ceux qui s’étaient déjà répandus dans la Ville furent tués » (*Grosdidier de Mâtons page 91.).

« Dormez bonnes gens, il est deux heures ! »
De rue en rue, comme un écho, se répète le cri du guetteur sur le sommeil paisible des bourgeois et des artisans de la bonne ville de Metz.

Et le boulanger Harelle pourtant déjà s’affaire à son four dans la poussière blonde de la farine et l’ardeur chaude des gerbes de pain. Tapi dans l’ombre, son chien gronde et s’agite.

Dans le lointain des bruits étranges et sourds trouent le silence ouaté de la nuit. Intrigué puis inquiet, Harelle laissant son échoppe se coule dans une meurtrière. Avec effroi, il voit des ombres mouvantes, il entend le cliquetis assourdi des gens d’armes du Duc de Lorraine.

Et la porte monumentale est ouverte, laissant la ville endormie sans défense et peut-être déjà perdue. Quelques soudards déjà s’avancent sûrs d’eux et de leur effet de surprise.

Épouvanté devant le danger imminent, notre boulanger bondit pour alerter le guet et tâcher de refermer la herse. Hélas, il se heurte aux premiers ennemis. Sans perdre son sang froid, comprimant son cœur anxieux, il offre, patelin, de les conduire au poste de guet.

Sa ruse n’éveille aucun soupçon et en une marche prudente ils avancent. Réussira-t-il ? Une prière s’élève dans son cœur et mentalement il promet un gros cierge à la bonne Vierge. Les voici dans la première enceinte. Brusquement, Harelle se retourne et ferme la porte à la face des assaillants surpris. Vite, vite, au poste de guet ! Essoufflé, haletant, il alerte nos sentinelles. Tous se précipitent à la herse. L’énorme machine s’ébranle, doucement, encore un effort, puis elle se referme sur les ennemis dans un grincement de chaînes et de poulies ! Sauvée, la bonne Ville de Metz est sauvée.

Les soldats lorrains, affolés, tentent de s’enfuir, mais ils sont impitoyablement écrasés. Harelle, son devoir accompli, s’éloigne dans le petit matin, son chien sur ses talons, pendant que de ses lèvres monte une prière d’action de grâce. La bonne Vierge aura son cierge. Hélas, sa fournée était perdue et bien des Messins durent se contenter d’un pain mal cuit, agrémenté de boules de farine craquant sous les dents.