— Francin à Mécleuves –

La Terreur bat son plein et pourtant qu’il est joli ce petit village de Mécleuves dans la paix de ses champs et le soleil semble briller tout exprès pour lui. Et de bien braves gens !

Leur pauvre curé Lomé, âgé de 84 ans, bien dissimulé dans la grange de Monsieur le Maire Joseph GrandidierBourgeois de Metz et admoniateur des Chanoines du chapitre de la Cathédrale. et son épouse Anne Rémy et leur fils François, peut dire chaque jour sa messe devant les fidèles de sa paroisse ; des paroisses, plutôt de petites localités aux noms suggestifs : le Cheval Blanc, le Pot de Vin, Frontigny, etc.

En ce jour d’été, trotte allègrement la jolie jument de M. Grandidier. Il fait beau, mais le cavalier est triste. Tout à coup, un homme bondit vers la bête et l’arrête par la bride effrayant le cavalier qui n’est autre que l’Abbé Lomé.

« Eh, Monsieur le Curé, que faites-vous donc ici tout harnaché que vous êtes ?
— Je vais à Verdun où je suis convoqué, me constituer prisonnier »

Le brave paysan se récria :
« Renoncez à votre projet, nous vous cacherons, et personne ne vous dénoncera. Tous vos villages vous aiment et ont tant besoin de vous. Continuez pour nous votre rôle de Bon Pasteur ».

Touché, ébranlé, le bon curé Lomé tourna bride et rentra chez lui.

Apprenant le fait, l’évêque Francin alla féliciter les braves habitants de Mécleuves qui réalisaient la vraie paroisse selon son cœur. Il y fut reçu dit-il « comme un ange venu du Ciel ».

Au retour de Francin à Metz, la situation était lamentable. Les familles de la ville vivaient dans un désarroi extrême et se terraient dans leur maison. Plus de cérémonies religieuses, et les cloches se taisaient. Dans les églises désaffectées se pressait du bétail ou elles servaient de greniers à fourrage. C’était pour Metz une ère de désolation et de crainte, néfaste même pour le commerce de la ville. La fureur destructrice du peuple avait saccagé le magnifique jubé de la Cathédrale. Aussi au matin de la mort de Robespierre, ce fut une véritable résurrection. La joie se lisait sur tous les visages. Peu à peu la ville reprit son aspect d’antan. Timidement d’abord, quelques processions de voiles blancs (les premiers depuis longtemps) réapparurent illuminant de nouveau nos rues redevenues paisibles et les cloches joyeusement s’élevèrent dans le ciel serein. Les églises se rouvrirent et grand nombre d’objets sauvés par des âmes pieuses reprirent leur place dans les lieux saints.