— Le Directoire, le Consulat, l’Empire —

Le Directoire, le Consulat, l’Empire rendirent à Metz peu à peu son ancien prestige quoique nos maisons eussent encore beaucoup à souffrir.

Notre demeure, place de la Montagne redevenue Haut de Sainte-Croix, meurtrie des coups durs qui lui avaient été portés n’avait plus son aspect d’antan. Ce n’était plus ni l’hôtel riche et somptueux d’un Paraige gouverneur, ni la jolie maison patricienne d’un bourgeois, ni la demeure tranquille d’un chanoine. Morne et grise, des plâtras dissimulaient ses délicates sculptures ; les jolies draperies anciennesJaunes et bleues si réputées en Moselle qui l’ornaient avaient disparu, peut-être remplacées par le linge du quartier.

François Airon, son nouveau propriétaire l’avait acheté comme bien national et en avait la libre attribution comme fermier du lavoir de Chambière. Quelques années plus tard en 1812, elle fut vendue à Jean Gaspard et à Antoine Dégoutin, docteur en médecine en l’étude de maître Louis Michel Rollin à Metz.

Quant aux alentours de notre maison, un changement dû aux événements se produisit ; la propriété des Petits Carmes fut offerte à la Ville de Metz qui la transforma en musée. À côté, l’Église des Trinitaires devint temple calviniste. Le Carmel revenu après 70 ans d’exil à sa place primitive s’apprêtait à la reconstruction (*Le Carmel est maintenant transféré à Plappeville dans la propriété du Baron Deville en 1952). Plusieurs numéros de la rue Haut de Sainte-Croix étaient achetés par l’œuvre de la Maternité du Père Morlane pour y établir une grande clinique.

Le Récollet et son splendide cloître devinrent propriété des Sœurs de Saint Vincent de Paul qui y fondèrent un orphelinat.
La maison des Chevaliers de Malte fut achetée par la belle œuvre des jeunes ouvriers de l’Abbé Ritz.
La Visitation revenant à Metz après tant d’années d’absence fut rappelée de Suisse par Monseigneur Besson. Ces religieuses établirent sous les ombrages un pensionnat de jeunes fillesAprès 1870 le pensionnat fut interdit par les Allemands., tout à côté du Musée de la Ville entre la rue de la Tour du Cloître et du Haut Poirier. Nous aurions beaucoup à dire à ce sujet.
Bornons-nous à épiloguer leur grand dévouement pour les soldats blessés de la guerre de 1870. Elles en soignèrent 57. Ceux-ci, en partant, ne savaient comment leur prouver leur reconnaissance. L’un d’eux, un brave cordonnier leur dit « Je sais que vous n’êtes pas riches, aussi je vous enseignerai le secret de mon métier ». C’est ce qu’il fit et encore aujourd’hui, les religieuses l’emploient.
Enfin la chère Église Sainte-Croix dont le XIIe siècle saluait l’importance, n’était plus que l’ombre d’elle-même ; achetée 25 000 Fr, elle servait de dépôt de sel et croulait peu à peu sous la main des démolisseurs (*Il n’en reste que quelques arceaux et l’emplacement sert de place de jeu à l’école annexe du lycée.).
Metz cependant se relevait lentement. Elle s’était montrée plus que jamais pendant ces tristes événements ville Française et patriote. Elle avait trop conscience de son rôle de place forte pour manquer de fidélité à La Patrie.

Puis l’épopée impériale la fit vibrer d’enthousiasme parce qu’elle étant avant tout ville militaire.

Pourtant Metz se rallia vite au nouveau souverain. La venue en 1828 de Charles X fut l’occasion d’une grande fête qui rappelle par ses fastes les manifestations à la visite de Louis XV. Les fontaines coulaient du vin dit on.

Louis Philippe vint également à Metz et avec sa simplicité emporta le cœur de tous les Messins.