— 1868 —

Après les rumeurs des rues commerçantes de Fournirue et Taison, le calme de la Place Sainte-Croix vous surprend agréablement. Un peu du recueillement des lieux saints qui l’environnent semble flotter dans l’air doux où tinte une cloche d’un couvent. Un pigeon s’envole à l’approche d’une bande de petites filles vêtues de gris et bien mignonnes sous leur petite coiffe blanche. Elles se dirigent vers le Cloître des Récollets, escortées d’une cornette aux ailes déployées comme une mouette. Elle rient et chuchotent au passage d’un gamin à l’air crâne et déluré, qui les mains dans les poches siffle : « le bon roi Dagobert ». Il heurte un vieux monsieur se dirigeant calmement vers notre maison forte. Sans s’excuser, le petit garçon continue « qui a mis sa culotte à l’envers ». Le vieux monsieur, indulgent, sourit et tirant 10 centimes de sa poche les tend à l’enfant ébloui. Ravi de l’aubaine, il court chez l’épicier du coin convertir son sou contre une grosse poignée de berlingots tout poisseux de sucre.

Notre monsieur a un regard circulaire sur la maison qu’il convoite. La façade, désolée et grise, les ouvertures béantes de la toiture et une enseigne qui grince, lamentable, lui donnent piètre allure. Pourtant, il devine derrière ces décrépitudes le passé glorieux et la fière allure de la maison qui d’emblée l’a conquis. Il la veut, il l’aura. L’actuel propriétaire, le médecin Dégoutin la lui cèdera pour 65 000 fr. Notre vieux Monsieur, c’est mon Grand-Père Bernard Michel. Il se fera une tâche de réparer les brèches, panser les blessures de cette vénérable maison. Il y découvrit un splendide plafond en bois peint représentant des fleurs et des figures. Il l’offrit au Musée de la Ville.