Mécleuves

Dès 1307, MÉCLEUVES est mentionné par les frères bénédictins dans leur Histoire de METZ où ils y parlent d'un nommé RICHARDUS, curé de MACLEVES. C'est un charmant petit village à 10 kilomètres de METZ au creux d'un vallon bordé à l'est par les forêts de COURCELLES, à l'ouest par la route de SARREBRUCK, d'où dépendent le village de FRONTIGNY et les petites annexes de LA HORGNE, CHAMPEL, LE POT, LE CHEVAL ROUGE. L'église située à mi-côte a été reconstruite en 1856 ; on a conservé le choeur de l'édifice primitif qui est de style flamboyant. Des vitraux remarquables y avaient été offerts par les membres de la famille GRANDIDIER représentant leur saint patron, malheureusement tous ont été brisés par les bombardements de la dernière guerre.

Un mot sur l'antique pèlerinage dédié à saint BLAIZE, le 3 février de chaque année et attaché à la paroisse. Le vieux dicton de nos pères y est toujours en grand honneur :

« Devant saint BLAIZE, tout mal s'apaise. »

Le cimetière du village entoure l'église, on y remarque la tombe de François GRANDIDIER (1781-1851) et son épouse Catherine BRONNE (1866).
« Ils emportent les regrets de la famille et des gens qui les ont connus. »
Celle-ci, restaurée, est achetée à perpétuité par la famille.

Quant à l'histoire de MÉCLEUVES elle-même, nous remontons au 17e siècle et y trouvons les souvenirs de la famille GRANDIDIER qui nous intéresse particulièrement. De François GRANDIDIER (1649-1726) l'ancêtre, nous savons uniquement que son fils Jean épousa Françoise MENTON, ils eurent 5 enfants. Le second, François, chef de la lignée, se maria avec Louise CERVAN, eut 5 enfants dont Joseph (1712-1792) qui épousa Anne RÉMY, celui-ci mesureur et admoniteur du Chapitre de la Cathédrale, bourgeois de METZ.

Il est à remarquer que les membres chefs de famille GRANDIDIER de cette époque furent tous bourgeois de METZ et admoniteur des Chanoines du Chapitre de la Cathédrale ; seigneur du lieu comme le témoigne ce petit monument érigé par JOSEPH sur la route de COURCELLES à MÉCLEUVES à une centaine de mètres de ce village. C'est une croix élevée et dominant le petit vallon, à sa base une figurine représentant la Sainte Vierge, sur le premier socle une inscription reconstituée plus bas sur le soubassement.

Cette croix a été posée pour la gloire
de DIEU et pour l'édification du public
et du consentement de Messieurs les Chanoines
de la Cathédrale, Seigneur du lieu et par la
piété et dévotion du sieur Joseph GRANDIDIER
et Anne RÉMY, son épouse
résidant à MECLEUVES 1746

Ce monument restauréVous pouvez voir des photos du monument dans la partie Albums. est du plus bel effet et est mentionné dans le livre « Les croix de Lorraine » par l'abbé Bessel.

Joseph se maria avec Anne RÉMY et fut père de nombreux enfants, dont Anne et ÉlisaÉlisa : surnom de Élisabeth. Nous possédons leurs actes de mariage, les voici :

Anne 1749 et maître GIRARD 1767 — 27 ans, Procureur à la Cour du Parlement de METZ, mariage en présence de Jean GRANDIDIER, bourgeois de METZ, oncle de l'épouse (fils de François GRANDIDIER).
IOUPRE, curé — L'AUBRUSSEL, vicaire

Éleni 1754 — et Pierre BOUCHERET 1779 — 27 ans, greffier expert de vérification au baillage de METZ, mariage célébré en présence des parents et de Augustin DEVELONVILLE, chanoine de Saint Pierre aux Images au cloître de la cathédrale de METZ, oncle de l'épouse.

 

Ce fut encore Joseph, qui ce concert avec son fils François pendant la Révolution, dissimula chez lui un prêtre réfractaire célébrant clandestinement la sainte messe dans la grange pour les habitants du village.

François GRANDIDIER, fils de Joseph GRANDIDIER, jouissant des mêmes titres que ses ancêtres, devint maire de la commune de MÉCLEUVES. C'est de lui que nous tenons cette lettre autographe que je transcris intégralement :

Commune de MÉCLEUVES

Fr. GRANDIDIER – Maire

1831

Monsieur le Curé de MÉCLEUVES est invité de vouloir annoncer pour samedi prochain 30 du courant un service funèbre en mémoire des braves, qui ont péri dans les journées des 27-28 et 29 juillet 1830.
Ce service devait être chanté le 27 du courant, mais par délibération du Conseil Municipal à l'approbation de Monsieur le préfet il a été remis au jour ci-dessus indiqué.

MÉCLEUVES, le 24 juillet 1831

GRANDIDIER   Maire

1831

De « Grand-maman BRONNE », ses arrière-petits-enfants parlent encore avec enthousiasme : maîtresse femme dirent-ils, sachant diriger sa maison, éduquer ses enfants, elle en avait eu 13 et sans oublier aucun de ses devoirs, aimait à se reposer au château de CHERISEY, chez la marquise, qui étant donné sa discrétion, la recevait avec plaisir. Les sept enfants qui lui restèrent sortirent tous du rang, comme nous allons le voir. Elle les éleva parfaitement dans l'amour de Dieu et du devoir, mais ils disparurent les uns après les autres, émigrant dans d'autres lieux, en abandonnant la terre de MÉCLEUVES. Ce fut d'abord Catherine qui épousa Bernard MICHEL, et qui, comme ses frères et beaux-frères François, Justin et Jean-Pierre, se tourna vers la meunerie. C'est ainsi que le fils aîné de Catherine, François-Ferdinand MICHEL devint fermier des grands moulins de la ville de METZ, puis ce fut Élisa, qui épousa Jean-Pierre NICOLAS, meunier à VOLMERANGE. Ils moururent sans enfant dans leur propriété de CHATEL-SAINT-GERMAIN. Françoise et Henriot, d'où surgirent de nombreux militaires. Leur fille Pélagie épousa le lieutenant-colonel PIERRE, qui fit la campagne du Mexique. Leur petit fils Henri, médecin militaire, comme ses deux autres frères, épousa la propre fille du Général KAUFFMANT, beau-frère de Justin.

Leur oncle Charles PIERRE, commandant du fort de FROUARD en 1914 y tint tête aux Allemands pendant 4 ans. Marie et Dominique NICOLAS ne quittèrent pas la terre. Leur fille Honorine épousa le terrien Jean-Christophe DORVAUX, cousin germain de trois frères devenus prêtres. Nicolas DORVAUX, le grand savant, professeur remarquable au Grand Séminaire et archéologue émérite, François, archiprêtre de FAULQUEMONT et Étienne, professeur à MONTRÉAL. Dans leur parenté, on relève le nom de l'académicien Louis BERTRAND.

Leur seconde fille Marie épousa Émile MAGUIN, grand propriétaire à SANRY-SUR-NIED. Leur petit fils Émile cultive une ferme au Maroc à BOUNAISSA et le second Charles CHAMPIGNEUL est le dernier représentant en France de la famille de cette terre tant aimée dans son domaine de CHAMPENOIS.
Honneur à eux et à leurs futurs descendants.

Je rêvais à ces choses, assise sur la margelle d'un vieux pressoir et je vis passer devant mes yeux les événements qui, depuis près de deux siècles, ont parsemé le ciel de MÉCLEUVES. La révolution : MÉCLEUVES et son prêtre réfractaire. Élisa soignant son jeune frère Dominique (1784), soldat de l'Empire, se mourant lentement de ses blessures.

La visite intempestive de l'avant-garde d'un régiment de Cosaques qui, en 1814, envahirent le village, exigeant des habitants à boire et à manger. L'arrêt de Sa Majesté le Roi Charles X le 6 septembre 1828 à la poste du Cheval rouge pendant qu'on relayait les chevaux. Le curé de MECLEUVES le salua et le roi lui remit 100 francs pour ses pauvres.

Deux soeurs de la Maternité, en 1826, fondèrent un établissement de charité à FRONTIGNY pour le bloc de villages composant la commune.

Et en dernier lieu, je vois apparaître une humble fille de MÉCLEUVES, Catherine HENRIElle est appelée couramment Gogotte, qui consacra 25 ans de sa vie à l'enfant de ses maîtres, rendue orpheline par la mort prématurée de ses parents. Enterrée à MÉCLEUVES, ne l'oublions pas dans nos prières, comme elle n'a pas oublié les siens. sC'est ainsi qu'en 1870 elle fit le voyage de METZ à MÉCLEUVES à pied à travers les avant-gardes prussiennes pour venir y soigner sa parenté atteinte comme une partie du village de la fièvre typhoïde.

Et enfin, pour compléter le tout, ce fut, en 1920, l'achat de la ferme de MÉCLEUVES par la petite fille du général FRANÇOIS, ferme sur la terre de ses ancêtres surmontée de la Vierge qui, bientôt, portera le nom de Ferme Notre Dame. Cultivés par le courageux fermier Maurice COLLIGNON et sa vaillante épouse, leurs trois fils suivront la voie paternelle.

Et assise sur la margelle d'un vieux pressoir, je rêvais à ces choses pendant que le soleil illuminait le gracieux vallon et traçait une brèche sur ses champs de blé et ses prés verdoyants vivifiés par les ancêtres et la poigne vigoureuse du Grand François.

Non, la Terre n'est pas morte et dans ses flancs rebondit la valeur de nos pères.

Et les vaches silencieuses paissent doucement pendant qu'une couronne de ramiers tournoie dans le ciel bleu.

Anne-Marie Célestine MICHEL