MÉMOIRES DE « MAZOUTE »

Bien chère Maman, voici un beau jour bien cher à notre cœur. Aussi nous n’avons pas voulu le laisser passer sans venir vous offrir tout ce que nous avons : tout d’abord nos prières les plus ferventes, ensuite notre amour, notre reconnaissance et notre grand désir de vous contenter chaque jour.

Et Mazoute elle-même a voulu vous offrir tout ce qu’elle est capable de faire. Elle s’excuse à l’avance sachant très bien que son cadeau porte avec lui de grandes imperfections, mais elle le fait avec son cœur, tout son amour et elle trouve que cela vaut plus que tout le reste.

 

Prologue

Moi, Mazoute, autrefois Mopy, j’ai passé ces derniers temps de longues et douloureuses insomnies ; pensez donc!... Pendant les nuits froides et terribles de l’hiver… et même quelquefois pendant les jours sombres… c’était vraiment pénible.

Oui, sans en avoir beaucoup l’air, je réfléchissais constamment, aussi je devenais maigre, c’était pitié…

Il arrivait quelquefois que des bruits effrayants, épouvantables, effroyables, intolérables, vraiment impressionnables, des bruits anormaux, inusités, insolites, venant de je ne sais où, des bruits accompagnés de lumières, brèves, vives, aveuglantes, presque foudroyantes ; enfin un véritable fracas appelé tonnerre me faisait perdre mes esprits et me jetait dans un état d’anéantissement total.

J’avais beau me fourrer dans les matelas les plus épais ou les recoins les plus obscurs, les lumières, il est vrai, ne m’atteignaient plus, mais le bruit n’en continuait pas moins m’empêchant de rassembler toutes mes facultés éplorées.

Donc, pendant ces heures angoissantes j’étais tracassée par une idée fixe, celle de transmettre par écrit, tout ce qui a rapport à ma misérable vie.

Ah ! oui, hélas, après ma mort, ma mémoire s’effacera de plus en plus du monde des souvenirs, car ma peau ne faisant pas bonne mine en descente de lit, ne sera pas là pour faire revivre dans les esprits la vision assez douce pourtant de la bonne scienne scienne.

Je vous avouerai tout d’abord que je n’ai pas fait d’études (les pensionnats de chiens n’existant pas à ma naissance et même actuellement), donc je n’ai pas fait d’études, quoique les murs du « manoir Bethléem » couvrissent une université en herbe.
J’ai recueilli par-ci, par-là quelques bribes des conversations animées de ces demoiselles… Tout doucement, in petto, j’arrivai (je le fais encore maintenant) à me faufiler dans les groupes et dès qu’on remuait, menaçant de m’écraser les pattes, je retournais béatement comme j’étais venue.

Aussi, j’ai été mon seul professeur, et il me semble que je peux dire, sans paraître vaniteuse, que j’ai mené à bien mon éducation.
J’ai vu le jour et j’ai passé ma plus tendre enfance dans l’échoppe d’un charcutier. Mais si, d’habitude, les personnages de la race canine font de la boucherie leur endroit de délices, moi, je me tenais à l’écart. N’éprouvant pas en moi tous ces instincts vulgaires je me sentais capable d’une plus haute destinée.

Le village que j’habitais était frileusement blotti (les petites Bethléemites savent si bien le dire) dans une dépression entourée d’immenses bois de sapins. Ah, ils étaient bien jolis mes grands bois de sapins courbant la tête sous la caresse d’un vent léger, étincelants sous le sourire du soleil. Oui, c’était bien beau, et si je m’en souviens exactement, j’étais douée de goûts poétiques. (Maintenant ils ont dégénéré et ont plutôt pris une tournure archéologique – oh ! c’est bien, c’est sûr).

Mais un jour, le plus beau peut-être de mon existence, car il devait changer le cours de ma destinée, une dame m’emmena.

Je connus alors ces machines effrayantes appelées locomotives. J’étais tout effarée ne sachant quoi penser et quoi dire. J’osais à peine répondre par de gentils aboiements et de timides atchoum (oui, ils étaient bien timides, car j’ignorais s’ils pouvaient faire plaisir) donc j’osais à peine répondre aux avances de ma nouvelle maîtresse.

Nous sommes dans le train, un peu cahotées, bousculées, dévisagées par des yeux curieux (peut-être admirait-on la laideur personnifiée, enfin, je ne sais pas de trop !).

Arrêt !! Nous descendons. Quelle vie dans cette gare de Metz. Malgré les bruits divers et les bousculades de toutes sortes, je suis arrivée à jeter quelques regards autour de moi : ce que j’ai vu ? Mais voyons des choses toutes simples pour vous, mais pas pour moi, c’est à dire, Mopy (en ce temps-là) n’est-ce pas c’était extraordinaire : il y avait des messieurs munis de drapeaux rouges et de sifflets et dont la tête était coiffée d’une casquette blanche (pourquoi met-on du blanc si haut ??) ; il y avait aussi des voiturettes portant bagages dont les malignes petites roues semblaient me taxer de nouveau-né (si, çà ce n’est pas terrible !) puis il y avait encore de gros Monsieurs (de grosses dames également) qui n’arrivaient pas à avancer. Que n’étais-je plus grande et plus forte, je me serais offerte pour les transporter.

Les bruits assourdissants vomis par les locomotives m’ont causé des maux de tête épouvantables. Je cherchais à peine comment elles pouvaient bien faire pour hurler si fort, que j’étais effrayée (par d’autres bruits moins stridents, bien entendu) sortant de la bouche d’un homme (du chef de gare, je crois).

Et puis, j’ai encore vu, oh ! souvenir attendrissant une dame grande et sèche, tiraillant un minuscule petit toutou dont la tête émergeait d’un amas de sonnettes (quel bruit de ferraille, mais il a passé si vite que je n’ai pu lui dire bonjour hélas ! Nous avons échangé rapidement de bons regards et nos queues, comme elles se sont racontées bien des choses, même de l’horizon poussiéreux du hall.

Puis, nous continuons notre route, sur Chazelles. Ah ! Quel bonheur !

À un certain moment, le train marchant plus doucement à cause de la côte, mais soufflant terriblement me fit rappeler le si bon souvenir du curé de Lutzelbourg Sortant du tunnel (en soufflant… ah ! il fallait entendre.) Il était un peu gros n’est-ce pas… et alors l’effort de la montée… Il soufflait si fort que les gens attendant l’express s’empressèrent de saisir leurs bagages croyant voir surgir immédiatement la locomotive.

Mais à de moment, ma maîtresse, me tirant de ma torpeur me montra le « Manoir » sortant discrètement d’un gracieux fouillis d’arbres.

Voici la mignonne petite gare. Piquant sur le « Manoir » nous gravissons allègrement une côte au milieu des parfums subtils et délicats de l’automne.

Le « Manoir », voici le « Manoir ». Ah ! Que va-t-il m’arriver ?
Hésitante et intimidée, mais courageuse tout de même, j’entrai. Je fus saluée par des hourras de déception. C’était effrayant. J’en ai presque pleuré. Il est vrai que mon prédécesseur était un chien magnifique, très noir et très grand, aussi vous pensez, quel contraste je devais offrir.

Dès le début, j’étais bien timide, bien gênée, il me semblait que j’aurais un mal fou pour me civiliser. Mais non, les heures, les jours, les semaines ont amené dans le cœur de mes maîtresses, d’abord un peu de pitié, de compassion ; puis, peu à peu, j’ai été estimée, aimée comme un chien peut l’être, n’est-ce pas ?

Et depuis quatre ans que je suis ici, je tiens, il me semble une place au « manoir » ; non, oh ! mais si… Voyons !!!

Maintenant, ma vie s’écoule paisible et tranquille. Je me fais vieille, ma mémoire s’obscurcit, oh ! légèrement ; aussi il est temps d’écrire mes mémoires…

Eh bien, tenez que je vous dise (je tremble encore et mon cœur se serre quand je m’en rappelle) j’ai passé, une fois (heureusement ce n’est qu’une fois) j’ai passé une journée entière dans une armoire, sans lumière et sans air. ET, oh ! ironie, c’était une armoire ne renfermant que des sacs de grains. Pas un seul petit morceau de mouche ou de vermisseau à me mettre sous la dent. Ah ! J’en ai pensé faire une grande maladie. Non, il n’en a rien été. Mais évidemment, à ma sortie, j’ai été fêtée pour être dédommagée et me faire oublier toutes mes angoisses.

Voyez-vous, mon amour-propre a été content et je n’en ai voulu à personne.

Ah ! C’est vrai, une fois (il faut absolument que j’inscrive cela) j’ai fait preuve de mon entier dévouement envers la maison.

C’était un beau soir d’été, les étoiles clignotaient gentiment dans la voûte foncée du ciel, quand tout à coup de toutes les fenêtres du « Manoir » se pressent, se bousculent, s’entrechoquent ces appels déchirants : « Au voleur, au voleur !!! ». Voulant montrer ma fidélité, je me mets à aboyer furieusement.

Le village se met en émoi. Monsieur Rabas sort avec une faux (ciel ! le pauvre voleur) Bernard, avec une fourche (c’est toujours pire) et Madame Rabas s’essouffle à répéter :
« Ah ! ça y est, il va l’avoir, il est tout près ».

Tandis que de la lingerie tout le « Manoir » crie « Auguste, Édouard, Bernard », des fenêtres de la maison d’en face se dessine le profil de quelques sœurs, puis des voix arrivent jusqu’à nous disant « rassurez-vous, c’est Mademoiselle Michel » (ma maîtresse était à Lutzelbourg). C’était elle qui revenait. Ah ! la malheureuse, j’en ai été malade pendant six semaines.

Autrement, plus d’événements palpables ; ma vie suit son cours ordinaire. Je me perfectionne de plus en plus dans l’étude de l’archéologie et si maintenant je ne sais plus guère distinguer les parfums de la nature, je connais en place et je sais apprécier le parfum des pierres sculptées, des pierres empreintes de coquillages, des statues antiques, enfin des vieilles choses.

Ah oui, à propos, l’autre jour, j’ai assisté à un déménagement en règle. La sacristie est toute transformée et pourrait maintenant s’appeler la chambre aux statues (il y en a dans tous les coins…) et des… statues… pas n’importe quoi. Elles imposent et semblent dirent : C’est tout naturel qu’on nous mette à l’honneur.

AH ! La belle sacristie ! Ah ! Les belles « vieilles choses » ! Ah ! L’amour de « poussière antique » ! (Ah ! Vraiment, je me sens l’âme archéologique) C’est splendide (la sacristie), c’est vraiment splendide. Ah ! Que je serai heureuse de vivre couchée aux pieds de ces merveilles !!

Maintenant, si cela peut vous intéresser (oui, n’est-ce pas ?) je vais vous tracer à grandes lignes ma journée.

Le matin je me lève (évidemment), puis je monte en vitesse voir ce qui se passe là-haut ; faire quelques atchoums encore voilés et endormis (c’est le matin) à la porte de mes maîtresses.

Bien des fois, la porte de Mademoiselle Marie étant ouverte je rentre discrètement et voyant sa main, hors du lit, je comprends, elle m’accepte ; cependant je ne suis pas tranquille tant qu’elle m’ait passé la main sur la tête. Comme elle me fait plaisir !!

Un matin, Mademoiselle Marie dormant à poings fermés, et moi ne voulant plus dormir (j’étais un peu malade, je n’avais guère sommeil), alors je me suis décidée à franchir la porte d’en face. Immédiatement, je me suis aperçu que l’air ambiant m’était réfractaire (aussi je n’irai plus dans cette chambre). Mais étant appelée par mademoiselle, j’avance, quand tout à coup une espèce de boîte ronde, debout sur deux pieds et faisant tic-tac, tombe à la renverse (elle avait probablement une crampe) occasionnant des bruits terribles que j’ai pris pour des cris de douleur. Et tandis que je m’enfuyais, affolée, tremblante sur mes pattes j’entendais encore les gémissements du réveil…

J’étais suffoquée (non, je n’irai plus, jamais plus, ah ! ça, pour sûr.) Et puis… je n’en finirai pas… c’est toujours comme cela… mais tant pis, je vous raconte encore cela.

Il y avait un moment où Mademoiselle Marie ne m’acceptait plus le soir dans sa chambre… Ah ! là… là… je m’étais promis de me venger (ce n’est pas très joli, mais enfin…).
Pour arriver à accomplir ce désir, je profite d’un soir que sa chambre (à Melle Marie) était vide. Je monte vite (avant tout le monde), mon cœur battait très fort, on n’est jamais tranquille complètement quand on fait ces choses-là.

En un bond, je saute dans le lit, je me glisse doucement sous l’édredon. Il faisait joliment bon là-dessous. Et il paraît que c’était bien, on ne voyait absolument rien. J’attends. Mademoiselle Marie arrive, elle se lave. Tout doucement je sors ma tête, puis mon corps, je fais un atchoum discret et je relève ma lèvre supérieure (vous savez bien comme je fais quand je suis contente) ; ah ! Que c’était bien réussi et comme j’étais heureuse. Et il fallait voir la figure de Mademoiselle Marie ! Ah !

Tous les jours après le dîner, je me rends à la cuisine où j’attends ma soupe, attente plus ou moins longue suivant les personnes qui relavent la vaisselle (car voyez-vous, ce sont elles qui font ma soupe et un chien mourant de faim ne fait pas pitié à tout le monde.)

C’est l’heure de la sieste. Je vais faire comme tout le monde. Je grimpe à la lingerie près de ma maîtresse. Je marche très fort pour m’annoncer. J’arrive. On me lance bien quelques gentils sourires (quelques-uns sont forcés), on me fait bien une place minuscule, mais c’est tout. Ah ! C’est que… les cartes priment… les cartes… !! Je ne sais vraiment pas ce que c’est ! J’entends les grandes : picL’auteur a dû faire comprendre par cette orthographe que le chien, de par sa méconnaissance des cartes, ne connaît en fait que l’oiseau., trèfle, carreau (ah ! Oui, il paraît que demander à trèfle c’est beaucoup plus intéressant, et quand donc il y a un forcé avec le mort et que dans ce mort il y
a les deux – je ne sais pas qui — il faut voir comme les figures sont anxieuses).
Oui, à propos, il y a toujours un mort de la partie. Là, je perds mon latin, car je n’y comprends absolument plus rien.

À ces moments-là, il ne faut plus bouger ! Si je me mêle de monter sur une chaise, malgré les supplications de Maman, je suis expédiée extra-muros « hors des murs… de la partie. ».

Mais cela ne fait rien. Je comprends et je me tais. Et si quelquefois on rit de moi (ça arrive encore), je ne le fais pas paraître, je prends un air bête pour cacher mes souffrances et mes émotions.

Cependant la partie une fois terminée, ma maîtresse me caresse, m’appelle son petit scien scien, redresse mes cils qui paraît-ils sont si beaux (Je ne sais pas si cette opinion est commune) ; elle me prend même sur ses genoux. Mais c’est vraiment désespérant. Suzanne est toujours là, elle ne peut pas me voir sur les genoux de ma maîtresse, elle me tire les poils, me pousse, c’est effrayant.

Je suis toujours en train de me demander si c’est pour m’humilier ou pour me rendre plus belle que des fois on m’entoure une touffe de cheveux placée tout en haut de la tête d’un ruban ou de brins d’herbe ! Enfin !!

Lorsque les visites arrivent, il y a presque toujours ma présentation accompagnée de cette explication : « Voici la laideur personnifiée ». C’est vrai… mais suit aussi la liste de mes qualités.

Il n’y a pas bien longtemps je fus présentée à une personne et ma maîtresse disait en même temps : « Elle n’est pas belle, mais elle a des poils argentés au reflet du soleil, regardez donc comme sa tête est intéressante, elle a des yeux incandescents, des lèvres noires, c’est une pure race… » Et ma queue ! Oh ! Elle doit laisser à désirer puisqu’on n’en parle jamais.

Je vous disais donc tout à l’heure, que j’avais des qualités : je suis bonne, fidèle, intelligente, quelque peu polie… Tenez, c’est une ancienne habitude, lorsque je visite des appartements je m’arrête à toutes les portes, laissant passer les personnes en premier lieu. Cependant j’ai aussi des défauts, deux gros défauts.

Je suis curieuse. Curieuse, oui ; il m’arrive de temps en temps de me surprendre, prêtant l’oreille à des conversations ne me regardant vraiment pas. Mais ne m’inquiète pas trop pour ce défaut, car il n’y a pas de danger, n’est-ce pas puisque je ne sais pas parler.

Et puis je suis… ah!... Il ne faut le répéter à personne, je suis (Ah ! J’en attrape presque une faiblesse) je suis jalouse. C’est plus fort que moi. Ah ! Voir qu’une personne ou une chose m’est préférée ça me rend vraiment malade. Aussi voilà pourquoi j’ai tant souffert l’année dernière.

… un jour, le manoir était presque vide (c’étaient les vacances). Il y eut du nouveau dans la maison… Imaginez-vous quelque chose de tout soyeux, mais d’affreusement noir, circulant partout…

Adieu toutes mes petites satisfactions !! Tout était partagé. Je n’étais plus seule à recevoir des caresses, plus seule à attendre les restes de table. Ah ! Ce que j’en fus attristée ! Nul ne saurait le concevoir et le dire !!!

Peu à peu mon chagrin s’est atténué ; j’ai remarqué que cette espèce de peloton soyeux avait des analogies avec moi. D’abord, il connaît les souris (ces petites bêtes grises si jolies et si douces, ah ! trop douces à croquer) ; ensuite elle avait quatre pattes comme moi, puis une queue. ; oh ! Ces queues !!! (J’ai appris une fois, c’est-à-dire, j’ai entendu – ça doit être Mademoiselle qui l’a dit — que la queue c’est le prolongement de la colonne vertébrale et qu’elle pouvait très bien se casser… Alors vous comprenez si depuis ce jour… je fais attention à ma queue !!!).

Alors, vous savez… la bête de tout à l’heure… qui a des analogies avec moi… eh bien j’en conclus que c’était une bête et plus tard je sus que c’était un chat.

Malgré tous les petits chagrins possibles, ma part de vie est tout de même très belle et très agréable et je suis favorisée, bien souvent de grands privilèges. Tenez, par exemple, l’autre jour j’ai assisté solennellement à une conférence sur la Bulgarie donnée par le Père Savin (oui, je crois que c’est bien le nom, puisqu’une fois, il a dit en parlant de lui, oh ! j’ai très bien compris « Oh ! mon pauvre père Savin, qu’est-ce que tu vas faire là-dedans… ». Évidemment beaucoup de choses m’ont échappé, mais j’ai surtout été impressionnée par ceci : en Bulgarie, il y a de fréquents tremblements de terre, et avant qu’ils se produisent tous les chiens [vous pensez si cela m’intéresse] se mettent à aboyer. Il paraît que c’est très émotionnant. Ah ! Cela m’a été un extrême plaisir d’entendre parler de mes frères de Bulgarie.

Et puis encore, je suis regardée comme faisant partie de la société des savants, aussi j’ai la permission d’écouter les sermons de carême du Père Pinard de la Boulaye. Il est vrai que des fois je m’oublie en me laissant aller à une ronflerie effrayante.

Pour moi je préfère le Père Lhande parce qu’il parle quelquefois de nous dans ses sermons.

Voilà, et maintenant je vais en finir, j’ai été assez bavarde. Bien entendu, je n’ai pas fait un résumé consciencieux de ma vie (je ne peux tout de même pas vous faire part de mes pensées les plus intimes, et je crois que je vous ai assez ennuyées… non ?

Je termine… atchoum… atchoum en souhaitant une bonne fête à ma maîtresse.

Avril 1932